Copié collé d'un article du sciences et avenir de ce mois, qui en dit un peu plus sur les crânes de cristal mystérieux qui ont inspiré le dernier épisode de Indiana Jones. La vérité semble un peu décevante comparée à la légende, sauf si on veut faire preuve de scepticisme et d'imagination débordante :)
La provenance de ces objets fascinants a
longtemps fait controverse. Avant que les expertises n'en révèlent
l'origine. Pas du tout précolombienne.
Avec son
éternel chapeau poussiéreux et son fouet-lasso, le fringant Indiana
Jones est de retour sur les écrans de cinéma. Cette fois, l'archéologue
flamboyant nous entraîne dans une aventure exotique au royaume du
«crâne de cristal». Or ce n'est pas de l'imagination débridée d'un
scénariste de Hollywood que Steven Spielberg tire sa dernière saga.
C'est d'une histoire tout à fait authentique, source de nombreux
ouvrages où se mêlent légendes précolombiennes, pseudoarchéologues,
pouvoirs surnaturels, marchands d'art et musées. Les ingrédients
parfaits d'un scénario haletant.
Plusieurs exemplaires de ces têtes
humaines taillées dans du cristal de roche sont actuellement recensés
dans le monde. Certains sont même exposés dans les grands musées. Le
British Museum de Londres, le musée du Quai-Branly à Paris ou le
Smithsonian Institute à Washington ont dans leurs vitrines l'un de ces
fascinants objets. D'autres seraient entre les mains de collectionneurs
privés. Et tous furent longtemps décrits comme des chefs-d'oeuvre
d'origine maya ou aztèque. Or, leur provenance exacte reste inconnue.
Au
Smithsonian Institute, Jane MacLaren Walsh, spécialiste des
civilisations mésoaméricaines, s'étonne ainsi de constater que tous ces
crânes apparaissent ex nihilo dans la seconde moitié du XIXe
siècle, et qu'ils ne fassent jamais partie de trouvailles recensées
dans des fouilles archéologiques... Le seul récit concernant la
découverte d'un de ces crânes provient d'Anna Mitchell-Hedges, la fille
adoptive de Frederick Mitchell-Hedges (1882-1959), aventurier anglais
passionné d'archéologie. En 1924, la jeune Anna accompagnait son père
dans l'exploration de Lubaantun, un site maya érigé en 700 de notre
ère, dans ce qui est auditoires toujours plus nombreux, tant les
énigmatiques crânes captivent et hypnotisent. Elle touche en
particulier tout un public New Age sensible aux pouvoirs surnaturels
dont ils seraient porteurs.
Si le crâne Mitchell-Hedges est présenté comme issu
de l'univers maya, ce n'est pas le cas pour d'autres. Ainsi, le British
Museum précisera pendant de longues années, sur la notice placée au bas
de la vitrine de son encore le Honduras britannique. Le jour de ses 17
ans, alors qu'elle déambulait parmi les ruines, elle aurait aperçu un
éclat lumineux semblant provenir d'un interstice entre deux blocs de
pierre. C'est ainsi qu'elle aurait extrait d'un creux de rocher un
magnifique crâne en quartz, d'un poids de 5 kg, composé d'une boîte
crânienne et d'une mâchoire inférieure parfaitement emboîtées. Pendant
des décennies, Anna Mitchell-Hedges a répété cette histoire, devenue un
véritable mythe fondateur, devant des spécimen : «Crâne de cristal de roche. Mexique. Probablement aztèque.
1300-1500 ap. J.-C.»
Les archives du grand musée britannique précisent même que l'objet a
été acheté au cours d'une vente aux enchères chez Tiffany, à New York,
en 1898. C'est à la même époque que le musée de l'Homme de Paris fait
entrer dans ses collections le «crâne de Paris». Il est offert au musée
en 1878 par un certain Alphonse Pinart. Lequel l'a acheté peu de temps
auparavant à Eugène Boban, dit aussi Boban-Duvergé, qui en a garanti
l'origine aztèque. Or, Boban-Duvergé n'est pas n'importe qui. Ce
collectionneur important, qui possède plusieurs magasins, a vécu au
Mexique durant l'expédition française (1861-1867), où il avait été
affecté par Napoléon III à la commission scientifique auprès de
l'empereur Maximilien.
Trois
ans après cette transaction, en 1881, Boban-Duvergé a d'ailleurs
proposé à la vente un autre crâne, mais sans faire mention d'une
origine précolombienne. Dans une lettre datée du 29 mars 1886, Wilson
Wilberforce Blake, un collectionneur concurrent, dépeint Eugène Boban
sous des traits peu flatteurs. Il évoque sa mise en cause dans une «tentative de fraude aux dépens du Musée
national» du Mexique, avec un «crâne de verre
imitant le cristal de roche».
Est-ce le second crâne invendu à Paris, qu'Eugène Boban aurait apporté
au Mexique pour tenter de le vendre au Musée national ? Ce même crâne
qui devait ensuite se retrouver chez Tiffany à New York en 1898 avant
de prendre la direction du British Museum ? Mystère.
En revanche, on
en sait aujourd'hui un peu plus sur les origines possibles de ces
objets. Après avoir procédé à différents examens entre 1950 et 1990, le
département des Sciences de la conservation et de la documentation du
British Museum a décidé, en 1996, de procéder une fois pour toutes à
des tests d'analyse d'usure sur les principaux crânes. En effet, même
si les artisans lapidaires des hautes civilisations précolombiennes
étaient habiles, tailler et polir du cristal de roche avec les outils
dont ils disposaient aurait nécessité des années. Peu d'objets en
cristal de roche ont par ailleurs été découverts sur les sites. «Le meilleur
moyen que nous avions de pouvoir dater le travail du cristal était de rechercher
les traces laissées par les outils lors de la taille»,
se souvient Hannah Boulton, actuelle responsable du British Museum. En
comparant les types d'éraflures et de stries produites sur des objets
contemporains réalisés en cristal de roche, les analyses effectuées au
British Museum sous la direction de Ian Freestone ont ainsi montré que
les principaux crânes connus sont de fabrication récente. Sous le
microscope électronique à balayage sont apparues d'indubitables traces
d'outils modernes... Celles laissées par des meules de joaillier qui
n'existaient évidemment pas en Amérique précolombienne.
Deux
questions restent alors à résoudre. D'où provient le quartz, et où
l'objet a-t-il été fabriqué ? Selon les spécialistes, l'examen des
«inclusions» emprisonnées à l'intérieur des gemmes permet d'en
localiser l'origine. Plusieurs éléments géologiques indiquent le
Brésil. Ces crânes auraient donc été fabriqués en Amérique du Sud ?
Pas
exactement. En Allemagne, la petite ville d'Idar-Oberstein
(Rhénanie-Palatinat) était célèbre depuis le Moyen Age pour son art
lapidaire et sa taille du cristal de roche. Au XIXe siècle,
les ressources locales étant épuisées, certains habitants émigrent au
Brésil. Et ils y découvrent quelques-uns des plus beaux gisements de
quartz du monde. Des échantillons sont alors expédiés en Allemagne.
Idar-Oberstein renaît. Les crânes de cristal ont-ils été fabriqués au
XIXe siècle et achetés par Boban aux artisans allemands ? Rien ne permet de l'affirmer, et pourtant tout l'indique. «Nous ne voulons pas qualifier notre
crâne de cristal de «faux», car nous ne savons pas si il y a eu une intention
d'abus ou de tromperie au moment de sa fabrication. La seule chose que nous
pouvons affirmer, c'est qu'il ne s'agit pas d'un objet précolombien»,
indique-t-on au British Museum. Le crâne a été retiré des vitrines. Il
ne subsiste plus qu'un grand poster, qui raconte son histoire. Et cette
petite note : «Probably European, 19th century AD.» Quand au crâne de Paris, il fait l'objet jusqu'au 20 septembre d'une exposition au musée du Quai-Branly.
Bernadette Arnaud
Sciences et Avenir
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